REALISME MAGIQUE


Histoire du Réalisme Magique

Allemagne, Magischer Idéalismus==>Magischer Realismus

Dans un livre de 1952, Roh explique avoir inventé l’expression de Magischer Realismus dès 1924. Mais c’est seulement son livre de 1925 qui fait foi de la naissance du Réalisme Magique en Allemagne. Ce livre est l’unique trace officielle dans laquelle on parle pour la première fois au public du Magischer Realismus. Mais d’où sort-il cette expression ?

Après la campagne expressionnisme contre naturalisme, on place dans une perspective et un contexte particulier les choses et les faits quotidiens. Et ces choses et faits quotidiens reviennent au premier plan des sujets de l’artiste. Voilà la naissance du Réalisme Magique juste à coté du Neuve Sachlickeit

En 1923, G.F. Hartlaub réalise un projet pour une exposition sur le thème de la Neuve Sachlickeit qui voit le jour en 1925. Neuve Sachlickeit est un courant postérieur à l’expressionnisme.

La Neuve Sachlickeit est formée de deux tendances : La classiciste et a vériste (ou de gauche).

La classiciste est « plus orientée vers la recherche de l’objet dans sa valeur intemporelle (…) et veut réaliser dans le domaine de l’art les lois éternelles de l’existence » . La vériste extirpe « ce qui est objectif du monde des faits actuels (…) et projette l’événement vécu avec son rythme, son degré de chaleur propre » .
Dans les années 60s, la critique allemande parle de Magischer Realismus pour la partie classiciste (optimiste) et Neuve Sachlickeit pour la partie vériste (dure et précise). Roh, dans son livre, appelle le mélange des deux tendances Magischer Realismus : un regard qui essaie d’exprimer le réel avec une temporalité et espace « véritable » qui recherche au même temps donner une valeur existentielle aux choses. Roh n’utilise pas la formule totale « Nouvelle objectivité » pour définir Magischer Realismus car il considère que les véristes s’opposent à l’expressionnisme mais le prolongeant par certains aspects.

La Nouvelle Objectivité voulait simplement rejeter l’objectivité formelle. L’objet familier devient étrange ou insolite, vu en gros plan, isolé, surexposé, avec un éclairage qui ne correspond pas à l’expérience courante. Cela fait réduire la prétention de l’objectivité et le réalisme magique se rapproche de cela mais n’est simplement que ça.

Pour Roh, Magischer Realismus était l’expression la plus appropriée pour définir cette tendance, plus que Idealer Realismus, Neuklassizismus ou Verismus, car ces trois-là ne déterminent qu’une partie du mouvement. Le Magischer Realismus s’interroge sur l’absolu, la transcendance, le sens d’un monde qui n’est plus que présumé.

En 1927, Emil Utiz écrit dans son livre que le monde terrestre est pénétré de spiritualité. À la même date, Ernst Jünger, un autre écrivain allemand, parle lui aussi des œuvres du Magischer Realismus qui montrent un «  arrière-plan magique (…) d’une froideur illuminée et réchauffée d’une façon inexplicable » . Pour lui, le Réalisme Magique est un art de portée métaphysique.

Le Réalisme Magique connaît son boom dans l’Alemagne vers 1930, mais le régime hitlérien marquera une rupture. Pendant l’époque nazie, la nouvelle objectivité classiciste a été parfois confondue avec le « néo-classicisme nazi » et une bonne partie des anciens représentants du Neuve Sachlickeit, et par conséquence du Magischer Realismus, s’allient à l’idéologie officielle : Neo-classicismo et Blut und Boden, et on hésite à exhumer la dénomination Magischer Realismus. Elle ne reviendra vraiment que dans les années 1960 avec les Nouveaux Réalistes et « (…) son étoile pâlit en Allemagne vers 1965 devant la politisation croissante de la littérature (…) .

La deuxième face du Réalisme Magique arrive en 1948 avec le débat de G. Pohl, B. Sieper et K. Heremann, débat qui parvient à expliquer le courant par rapport à la vérité comme une «  vérité psychique ou mentale » . À partir de là, des conférences, articles et témoignages font parler les critiques du Réalisme Magique, et dès que l’on parle de magique, on parle de ce qui constitue le fond de l’être.

Le livre de Roh est bien évidemment sujet du débat. Ce livre où il s’intéresse d’abord à la peinture, mais dédit aussi une partie aux écrivains. Dans ces théories, il déclare qu’il est question de la clarté avec laquelle se dévoile la structure, et de la composition. Le Réalisme magique est expliqué comme le questionnement de la face intérieure des choses et de la nécessité de conserver dans toute sa pureté et sa netteté un texte spirituel. Roh parle de la « froide cérébralité », le statisme intellectuel des œuvres qu’il traite. Il parle de la notion d’ « étranges schèmes » : les objets sont représentés avec minutie.

Ses théories suivent l’idée que la réalité est construite par le psychisme, il ne cherche pas à reproduire la réalité ou à la recréer. Il y a une volonté de reconstruction spirituelle qui doit être en concordance avec la conviction de l’artiste, du caractère problématique de l’univers objectal et phénoménal . L’évidence empirique ne suffit plus, elle cède le pas à l’étonnement face à la magie de l’être. Roh explique bien que la magie dont il parle n’est pas dans le sens ethnologique mais renvoie au spirituel et non pas à un quelconque démonisme ou vitalisme irrationnel mais à un authentique rationalisme « qui vénère comme un miracle l’organisation rationnelle du monde » .

Malheureusement, les thèses de Roh ont été travesties ou sont méconnues. Pourtant, le livre de Roh a eu un succès considérable. Il a été traduit en 1927 partiellement en espagnol par la « Revista de Occidente », et de cette façon, influencera l’Amérique Latine. Ensuite, directement ou indirectement, il touche l’Italie. Bontempelli prétend avoir utilisé l’expression avant Roh, en tout cas lors de conversations avec le critique italien, il a déclaré avoir pensé que d’une façon ou d’une autre, déjà après les déclarations de Chirico sur l’art Métaphysique, l’idée était dans l’air. Jean Weinsgerber dans son livre nous révèle que le Réalisme Magique touche la Flandre en 1942, avec Dasne qui ramène avec lui l’idée aux Antilles et au Canada. Dans les pays africains colonisés par la France, arrive la traduction du prix Nobel Gabriel Garcia Marquez, qui ouvre, avec l’imaginaire de leur culture et mythes une porte au Réalisme Magique. Dans ces lieux, le réalisme magique a été reconnu comme courant artistique. Mais ça n’est qu’en Amérique Latine que le Réalisme Magique est présent toujours avec beaucoup de force.

Amérique Latine : Realismo Magico

Le réalisme magique est introduit en Amérique Latine par la Revista d’Occidente (1927) avec la traduction du livre de Franz Roh. Ces écrits, transplantés dans une autre culture et un autre milieu, sont compris différemment et adaptés à l’imaginaire amérindien.

En 1928, il est appliqué couramment dans le milieu littéraire argentin à des auteurs européens comme Kafka, Cocteau et Bontempelli. La formule se lit entre les lignes sous la plume de l’écrivain vénézuélien Arturo Uslar Pietri, qui connaît le surréalisme et Bontempelli à Paris. Il faut croire qu’il est l’un des littéraires nomades qui a apporté l’idée à l’Amérique Latine grâce a des voyages comme ce d’Italie lors de débats sur le novescentismo.

Aussi Jorge Luis Borges, Miguel Angel Asturias, Gabriel Garcia Marquez et Alejo Carpentier ont beaucoup voyagé en Europe, et ils se sont croisé avec plusieurs artistes durant leurs voyages (même Borges connaît Gombrowicz sans être sortie d’Argentine). Pour des raisons différentes, les écrivains latino-américains ont vécus des périodes de création en Europe. Toutes ces situations expliquent facilement que ces écrivains soient les précurseurs du Réalisme Magique en Amérique Latine

En 1954, José Antonio Portuando écrit sur le Réalisme Magique et la fiction hispano-américaine, tout en faisant allusion au Realismo Màgico. D’autres comme Angel Flores à New York en 1954 nomment Borges comme point de départ de la « tendance ». Mais déjà en 1945, la renommé de Borges existe et il y a dans les pays hispanophones d’Amérique un apogée du Realismo Màgico.

À cette même époque, Carpentier explique le Real Maravilloso en faisant référence aux cultures de l’Amérique Latine et Haïti. Le concept de Réel Merveilleux ne s’appuis pas dans la notion du mot merveilleux : « ce qui paraît miraculeux ou surnaturel », mais surtout dans la notion du mot réel : « qui appartient au monde de la réalité ». Il explique que le Réel Merveilleux est possible dans ces pays suite à l’importance de l’esprit dans le contexte social de leur imaginaire. Et qu’il est dû à la situation de post-colonisation et aux croyances religieuses qui y règnent . Donc, on parle d’un réel qui appartient au monde de la réalité de ces cultures-là. Après la lecture des livres comme Réalisme Merveilleux , on peut comprendre que Réel Merveilleux est vraiment le centre et la clé du Réalisme Magique.

On va profiter pour éclaircir plus le concept du réalisme magique dans ce point, car là on peut différencier une ouvre de Réalisme qui travail sur le réel à une de Réalisme Magique qui travail sur le réel merveilleux. Le réel appartient au monde de la réalité, l’expérience vécue et le réel merveilleux appartient au monde de la croyance, et de la culture . Et comme la croyance et la culture devient premier plan dans le Réalisme Magique, plus que des recherches esthétiques des auteurs, on parle aussi de l’influence des oppressions politiques vécues par ces peuples qui essaient de s’exprimer grâce au réalisme magique, car il est difficile de reconnaître des idées révolutionnaires dans des écrits remplis de fantasias.

Il est important ici de remarquer que certains de ces traits sociaux, dû à une répression politique, se retrouvent en Allemagne après les défaites de 1918 et 1945, et aussi en Flandre, ce sont les horreurs de l’occupation qui donne ces influence. Ce qui ne nous fait pas étonné de savoir que le réalisme magique anglais et français s’est développés dans des zones marginales.

Cela pourrait expliquer facilement pourquoi le Réalisme Magique continue à se produire en Amérique Latine plus que dans d’autres endroits. Mais il faut approfondir les enjeux et il faut tenir toujours présent le real maravilloso.


ALORS SUIS-JE UN RÉALISTE MAGIQUE ?

Pour comprendre ce qu’est le Réalisme Magique, il faut réfléchir aux idées de mythe, de croyance et d’esprit. Les peuples latino-américains ont des forces de croyance assez développées pour plusieurs raisons. Carpentier explique que le réel merveilleux, c’est la réalité vue à travers les yeux de certaines cultures pour lesquelles l’esprit n’est pas étrange et le phénomène supra normal font partie de la vie courante.

Si le principe du réalisme magique est de croire à un réel extraordinaire et en la capacité d’étonnement, alors il est évident que lorsque les artistes européens faisaient des recherches intérieures pour avoir ces subjectivités, pour les artistes latino-américains "voir au-delà du simple réel" était déjà du quotidien. Ce phénomène est dû à la culture primaire indigena des latino-américains qui ont eu des ancêtres qui croyaient que les éléments de la nature c’était des Dieux ; tout acte simple de leur entourage devenait divin.

Il y a aussi une situation sociale qui pousse l’artiste latino-américain à échapper au réel objectif, sans pour autant s’éloigner totalement et sans tomber non plus dans le fantastique. La métaphore la plus évidente du Réalisme Magique par rapport à ce dernier propos, est celle qui dit qu’une œuvre purement réaliste est comme un ballon attaché au sol, l’œuvre fantastique est le même ballon à qui on aurait coupé le fil et qui se serait envolé. L’œuvre de Réalisme Magique est ce même ballon mais, malgré qu’il soit toujours attaché au sol, il possède un fil très long qui lui permet de voir le sol depuis les hauteurs et de redescendre au moment où il le souhaite.

Le Réalisme Magique a finalement des approches sociologiques différentes dans chaque pays où il s’est inscrit, pour la question de l’imaginaire et de la culture. Mais en général, il y a le même lien en commun avec tout et à travers les différentes époques : la croyance et la foi.

Il y a aussi des différences évidentes entre les réalismes magiques de chaque pays. C’est bien sûr la conséquence des différences de langages et des manières d’expression. C’est une des raisons pour laquelle la beauté de Cien Años de Soledad est différemment appréciée pour un francophone qui peut trouver les figures littéraires trop lourdes dues à la longueur des phrases. Celle-là est une des raisons pour laquelle des œuvres de Réalisme Magique écrites en polonais et même en hongrois , sont restées modestes car même traduites, elles ne sont comprises qu’à moitié.

Une fois de plus l’œuvre d’art est soumise à la perception du public qui dans le cas du Réalisme Magique a l’habitude de être confondu avec le fantastique ou le surréalisme.

Par Saida PORTELA©

Du Fantastique au Suréalisme

Réalisme Magique ≠Le Surréalisme

La différence entre Réalisme Magique et surréalisme est évidente, même si tous les deux définissent une philosophie de vie. L’une est un mouvement reconnu grâce au manifeste déposé (SURREALISME) et l’autre a évolué et changé sans être contrôlé (REALISME MAGIQUE). Le surréalisme repose sur la croyance toute puissance du rêve toujours lié à la réalité. Le surréalisme tend à exclure tous les autres mécanismes de la pensée et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie. Ainsi, le Surréalisme se différencie de façon concrete du Réalisme Magique car on parle de subconscience et ne pas de supra-conscience pour le Réalisme Magique

L’objet du surréalisme est le REVE et le sujet du Réalisme Magique est le REEL (Mais un réel dans une réalité autre)

Réalisme Magique≠ Fantastique

Quand on parle de fantastique, on parle de fiction, et la fiction, comme le documentaire est un domaine bien connu et développé au cinéma. En fiction, on peut trouver différents genres : la romance, le drame, l’héroïque, la fantaisie, le western, la science-fiction, et bien d’autres. Nous pouvons à la fois trouver différents courants ou domaines dans une fiction et ainsi dire qu’il existe des fictions réalistes, néo-réalistes, surréalistes, etc. Nous pouvons parler par exemple d’un film de fiction de genre drame qui est réalisé avec une esthétique réaliste ou un film de fiction du genre comédie « très surréaliste ». En effet, à partir de ce dernier propos, la différence entre réalisme magique et fantastique semble plus évidente. Ils n’appartiennent pas au même champ.
C’est l’imaginable qui est important dans le fantastique alors que dans le Réalisme Magique, c’est l’imaginaire de certaines cultures dont il est question.

Il ne faut pas oublier que le réalisme magique a aussi une naissance assez parallèle avec la « nouvelle objectivité » deux mots qui nous aident à comprendre une nouvelle façon de voir les choses. On a vu aussi la différence avec le fantastique et la science-fiction et le lien direct avec le réel merveilleux.

écrit par Saida PORTELA

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